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Tapis de yoga

Ralentir pour mieux repartir

Dernière mise à jour : 22 nov. 2023

Prendre le temps de prendre le temps... une phrase où j'ai longtemps eu l'impression d'entendre une grand-mère me la dire! Voir que moi, j'avais le temps de prendre mon temps: je travaillais à temps plein, j'avais 3 jeunes enfants, une maison avec un grand terrain à entretenir, une piscine, un chalet, une serre, un poulailler, des rats et un poisson! Ahaha! Prendre le temps de prendre le temps, c'est possible seulement lorsque l'on est à la retraite! Les gens de mon entourage ont eu beau me mentionner que je devrais ralentir en me voyant aller, me dire que c'était «Wow» tous les projets que j'entreprenais et que j'étais une «superwomen» à leurs yeux, j'y trouvais mon bonheur en voyant que j'accomplissais plein de choses importantes pour moi. Je n'ai pas vu les drapeaux rouges se hisser sous mes yeux. Mais la vie étant ce qu'elle est, elle m'a rattrapée. Il paraît qu'elle fait toujours bien les choses et qu'elle met sur notre chemin ce dont nous avons besoin, ce qui nous fait avancer et grandir: j'ai fait un épuisement professionnel, ce que personne ne veut entendre, un BURNOUT. Je n'ai pas voulu le voir, j'ai étiré l'élastique jusqu'au bout: je ne dormais plus, il y avait un tourbillon de pensées incessantes dans ma tête, j'étais angoissée jour et nuit avec une boule dans la poitrine, sans aucune raison apparente, je manquais des heures de travail car je n'arrivais plus à me concentrer, tellement j'étais angoissée. Et puis, la médecin a prononcé les mots qui m'ont fait pleurer: je te mets en arrêt de travail, et ce, à partir de maintenant. MOI? Ben voyons, impossible, je suis bien plus forte que cela! Je ne peux pas arrêter de travailler, qu'est-ce que mes collègues vont pensées? Je ne peux pas laisser tomber les patients que j'aide, qu'est-ce qu'ils vont faire sans moi? Et la culpabilité s'en est mêlée, pendant des semaines, je me sentais coupable de tout: de ne pas travailler, d'avoir l'air d'une paresseuse qui profite du système, de laisser tomber mes collègues et amis, d'abandonner les gens que j'aidais, d'être angoissée pour rien, de ne pas être utile à la société, de ne rien faire de ma peau, de faire des siestes durant le jour... Je me suis isolée, j'ai coupé les ponts avec tous mes collègues de travail, je n'ai pas dit à mes amis que j'étais en arrêt de travail, par peur du jugement.


Et comme la seule chose à laquelle j'étais habituée depuis toujours était dans le faire, je me suis étourdie dans l'action: lire des livres sur ce que je vivais et sur le développement personnel, faire des casse-têtes, écouter toutes mes émissions en «retard» (comme s'il fallait toujours être à jour dans toutes les émissions!), faire de multiples randonnées, toujours plus hautes et plus difficiles, cuisiner, penser à toutes les solutions possibles pour changer de travail, car selon ma perspective, tout était la faute de mon travail. Les mois ont passé. Avec le temps, et avec de l'aide aussi (merci à ma chère thérapeute qui m'a suivi depuis le début et qui m'aide encore aujourd'hui!), j'ai commencé à ralentir. J'ai tranquillement accepté que ralentir ne signifiait pas abandonner, ne signifiait pas échouer. Que ralentir signifiait aussi prendre soin de soi, arriver à «être» plutôt qu'à «faire». Et j'ai réalisé que depuis de nombreuses années, je ne prenais plus soin de moi, tout passait avant moi: le travail, les enfants, le chum, les amis.... je me suis oubliée depuis longtemps, sans m'en rendre compte. Je n'arrivais pas à répondre à de simples questions: qu'est-ce que j'aime faire pour moi? Quel sport je pratique par plaisir (et non pour garder ma ligne!)? Quelle activité je pratique pour me faire du bien, sans être dans la performance? Je n'avais plus de réponse à ces questions, parce que j'étais rendue en second plan depuis l'arrivée des enfants, et dans la performance dans toutes les sphères de ma vie: la mère parfaite, la femme parfaite, la professionnelle parfaite, la cuisinière parfaite, le corps parfait... ouf! Pour quelle raison la société nous suggère des standards inatteignables aujourd'hui? Il y a 60 ans, les femmes étaient au foyer, et leurs tâches consistaient à s'occuper des enfants, des repas et de la propreté de la maison! Pourquoi, 60 ans plus tard, en plus de TOUTES ces tâches (on va se le dire, c'est déjà beaucoup), nous devons aussi travailler à temps plein (car nous devons payer la grosse maison, les voitures, les activités sportives et parascolaires pour que nos enfants performent, les vêtements de marques, etc.), s'entraîner pour maintenir la «shape» parfaite, avoir un réseau de relations sociales ET être en pleine forme, souriante et heureuse? C'est moi où il manque de temps dans l'équation pour accomplir tout cela?


J'ai graduellement cheminée, puis j'ai compris que je devais baisser mes standards de performance, pour arriver à être heureuse dans la vie. Que c'était plus important pour moi de travailler moins, de faire moins d'argent, pour me permettre d'avoir du temps pour méditer, faire du yoga et aller marcher le matin, pour m'apaiser avant de débuter ma journée. Que c'était plus important pour moi de prendre le temps de faire l'épicerie lentement durant la semaine, que de la faire en étant pressée la fin de semaine, pour passer du temps de qualité avec mes enfants lorsqu'ils sont à la maison. Et j'ai diminuer mes nombreux projets, mes To-do-lists interminables, en priorisant ce qui était réellement important pour moi, ici et maintenant.


1 an après cet épuisement professionnel, je suis retournée travaillée. Et je suis vite retombée dans mes anciens patterns, la vie qui va trop vite, la performance au travail, le stress du quotidien. Et j'ai décidé que c'en était assez, j'ai tout lâché. J'ai fait le choix conscient de prendre de la hauteur, d'observer ma vie pour regarder les chemins possibles devant moi, et en choisir un tout nouveau. Changer de carrière, pour être en paix dans ma vie, pour être en paix avec moi.


Je me retrouve maintenant 2 ans plus tard, à faire du yoga et de l'ergothérapie un doux mélange dans ma vie d'aujourd'hui. Partager à tous cette capacité de se reconnecter corps, cœur et esprit, cette capacité de se retrouver en soi l'espace d'un instant, cette capacité d'être tout simplement. J'ai choisi de ralentir, pour mieux repartir, et c'est un choix conscient que j'effectue, à chaque jour avec le sourire.


Namasté!



 

Audrey Laroche Gagner

Ergothérapeute, professeure de yoga et propriétaire d'ACCESS-ERGO et d'ACCESS-YOGA



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